Entretien

3 min

Entretien professionnel obligatoire : ce que la loi impose à l'employeur en 2026

À retenir :

L'entretien professionnel obligatoire n'a pas disparu. Depuis le 26 octobre 2025, il s'appelle entretien de parcours professionnel (EPP) et s'impose à tout employeur, dès le premier salarié : dans l'année qui suit l'embauche, puis tous les 4 ans, avec un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans et deux rendez-vous fixes, à la mi-carrière et avant 60 ans. Depuis le 1er octobre 2026, aucun accord collectif ne peut retenir un rythme plus long que 4 ans.

L'entretien professionnel obligatoire figure toujours dans le Code du travail, sous un autre nom. La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 l'a remplacé par l'entretien de parcours professionnel, à l'article L. 6315-1. Sur le papier, le rythme s'allonge. Dans une entreprise de 800 salariés répartis sur dix sites, c'est l'inverse : chaque collaborateur suit son propre calendrier sur 8 ans, et l'employeur doit pouvoir en apporter la preuve.

L'entretien professionnel obligatoire est devenu l'entretien de parcours professionnel

L'obligation a été réécrite, pas supprimée. La loi transpose les accords nationaux interprofessionnels (ANI) en faveur de l'emploi des salariés expérimentés : elle allonge les délais et ajoute deux rendez-vous liés à l'âge. Le contenu de l'entretien doit être adapté depuis le 26 octobre 2025. Le détail du texte figure dans notre analyse de ce que change la réforme de l'entretien de parcours professionnel.

Règle

Avant le 26 octobre 2025

Depuis la loi du 24 octobre 2025

Nom

Entretien professionnel

Entretien de parcours professionnel (EPP)

Entretien régulier

Tous les 2 ans

Tous les 4 ans

Bilan du parcours

À 6 ans

État des lieux récapitulatif à 8 ans

Salariés expérimentés

Pas d'entretien dédié

Entretiens de mi-carrière et de fin de carrière

Nouveaux arrivants

Pas d'entretien dédié

Dans l'année qui suit l'embauche

Accords collectifs

Rythme libre, y compris plus long

4 ans au maximum

Quels employeurs et quels salariés sont concernés ?

Tous les employeurs de droit privé sont tenus d'organiser l'EPP, quel que soit leur effectif. Une PME de 15 personnes y est soumise au même titre qu'une ETI (entreprise de taille intermédiaire) de 2 000 collaborateurs : seule la sanction dépend de la taille.

Côté salariés, la loi vise l'ensemble du personnel, sans condition d'ancienneté ni de statut : CDI et CDD, temps plein et temps partiel, apprentis et contrats de professionnalisation. Les intérimaires, les salariés mis à disposition et ceux d'un sous-traitant n'en bénéficient pas dans l'entreprise où ils interviennent. Dès son embauche, le salarié est informé qu'il bénéficiera de cet entretien, par exemple par une mention au contrat de travail ou dans un document remis à son arrivée.

À quelles échéances l'entretien de parcours professionnel est-il obligatoire ?

L'article L. 6315-1 fixe six rendez-vous : quatre suivent l'ancienneté ou les absences du salarié, deux suivent son âge.

Échéance

Quand

Point de vigilance

Premier entretien

Dans l'année qui suit l'embauche

Vaut pour tous les contrats

Entretien régulier

Tous les 4 ans, de date à date

Un accord peut raccourcir ce délai, jamais l'allonger

Retour d'absence

À la reprise, sauf EPP dans les 12 mois précédents

Possible avant la reprise, à la demande du salarié

Mi-carrière

Dans les 2 mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière (45 ans)

Date fixe, même si un entretien vient d'avoir lieu

Fin de carrière

Dans les 2 ans qui précèdent les 60 ans

Maintien dans l'emploi, aménagement de fin de carrière

État des lieux

Tous les 8 ans d'ancienneté

Avant 9 ans d'ancienneté révolue

Le retour d'absence vise le congé de maternité ou d'adoption, le congé supplémentaire de naissance, le congé parental d'éducation, le congé de proche aidant, le congé sabbatique, la mobilité volontaire sécurisée, l'arrêt longue maladie et la fin d'un mandat syndical.

Les accords antérieurs à la réforme qui prévoyaient un rythme plus long que 4 ans sont caducs sur ce point depuis le 1er octobre 2026 : le rythme légal s'applique alors.

Pour les salariés déjà engagés dans un cycle, le nouveau délai court depuis le dernier entretien réalisé. Le ministère du Travail donne l'exemple d'un entretien réalisé en décembre 2023, qui appelle le suivant en décembre 2027. L'ancienneté se compte en années révolues, et un congé sabbatique ou sans solde décale l'échéance d'autant. Notre checklist des obligations de l'entretien de parcours professionnel permet de tout vérifier avant une campagne.

Ce que l'employeur doit respecter pour que l'entretien compte

L'employeur organise l'EPP et en porte la responsabilité. L'entretien est mené par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction, pendant le temps de travail, dans les locaux ou en visioconférence. Dans les entreprises de moins de 300 salariés, le salarié peut se faire aider par un conseiller en évolution professionnelle (CEP) pour le préparer, et l'employeur peut solliciter l'accompagnement de son opérateur de compétences (OPCO).

L'entretien est consacré à cinq thèmes : les compétences du salarié et leur évolution au regard des transformations de l'entreprise, sa situation et son parcours, ses besoins de formation, ses souhaits d'évolution professionnelle (reconversion, projet de transition professionnelle, bilan de compétences, validation des acquis de l'expérience ou VAE) et son compte personnel de formation (CPF). Il ne porte jamais sur l'évaluation du travail. Il peut suivre l'entretien d'évaluation le même jour, la Cour de cassation l'a admis le 5 juillet 2023, à condition que les deux échanges restent distincts.

Chaque entretien donne lieu à un document écrit dont une copie est remise au salarié. C'est la pièce qui comptera à l'état des lieux des 8 ans, avec la convocation datée, qui atteste que l'entretien a été proposé même si le salarié ne s'est pas présenté. Notre guide sur le compte rendu d'entretien de parcours professionnel détaille les rubriques à prévoir.

L'état des lieux à 8 ans et les sanctions

Tous les 8 ans, l'EPP prend la forme d'un état des lieux récapitulatif. Il vérifie que le salarié a eu tous ses entretiens, mi-carrière et fin de carrière compris, et apprécie s'il a, sur la période :

  • suivi au moins une action de formation non-obligatoire ;
  • acquis des éléments de certification, par la formation ou par une VAE ;
  • bénéficié d'une progression salariale, individuelle ou collective, ou professionnelle (promotion, nouvelles responsabilités, changement de métier).

Pour la sanction, seules les actions de formation non obligatoires comptent. Une formation qui conditionne l'exercice du poste en application d'un texte (article L. 6321-2), comme l'habilitation électrique ou la formation à la conduite d'engins sanctionnée par un CACES (certificat d'aptitude à la conduite en sécurité), ne compte pas. Une formation décidée par l'employeur sans obligation réglementaire compte, elle, sans durée minimale, à distance ou en situation de travail.

Dans les entreprises d'au moins 50 salariés, si le salarié n'a eu ni tous ses entretiens, ni au moins une formation non obligatoire, l'employeur verse de lui-même un abondement correctif de 3 000€ sur son CPF, via la Caisse des dépôts. Les deux conditions sont cumulatives : le ministère du Travail le précise dans ses questions-réponses, et la Cour de cassation l'a retenu le 21 janvier 2026. Le versement intervient au plus tard le dernier jour du trimestre civil qui suit l'état des lieux : pour un état des lieux tenu le 10 février, au plus tard le 30 juin. Sous 50 salariés, il n'y a pas d'abondement, mais le salarié peut demander des dommages et intérêts s'il prouve un préjudice.

Tenir l'obligation sur 8 ans avec des équipes sur le terrain

Le piège n'est pas l'entretien, c'est la huitième année. Entre-temps, des managers sont partis, des sites ont été rachetés, des salariés ont pris un congé parental, et les comptes rendus dorment dans des classeurs différents d'un site à l'autre. Sur un tableur, le calendrier de 800 salariés, avec leurs dates d'embauche, leurs absences et l'année de leurs 45 ans, décroche vite.

Un logiciel de gestion des entretiens comme Empowill tient ce calendrier à votre place :

  • alertes automatiques sur chaque échéance, de l'entretien à 1 an à l'état des lieux des 8 ans ;
  • convocations, relances et signature électronique envoyées sans intervention des RH ;
  • accès sur smartphone par lien sécurisé, pour les collaborateurs sans ordinateur ni adresse e-mail professionnelle ;
  • historique des entretiens et des formations de chaque salarié, qui prépare l'état des lieux.

Les entreprises équipées d'Empowill atteignent en moyenne 98 % de taux de réalisation des entretiens. Chez Restalliance, groupe de restauration de 700 établissements, le taux de complétion est passé de 22 % à 80 %

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Questions fréquentes sur l'entretien de parcours professionnel obligatoire

Le salarié peut-il refuser l'entretien ?

Le Code du travail ne traite pas le refus du salarié : l'obligation pèse sur l'employeur, qui doit organiser l'entretien et pouvoir le prouver. En cas de refus ou d'absence, conservez la convocation et reprogrammez l'échange. Le ministère du Travail laisse au juge l'appréciation d'un entretien empêché par une cause extérieure à l'employeur.

Peut-on mener l'EPP en visioconférence ?

Oui, le ministère du Travail l'admet, à condition que l'entretien respecte l'article L. 6315-1 et donne lieu à un document écrit remis au salarié. Pour des équipes réparties sur plusieurs sites, c'est une solution pratique.

Le salarié doit-il signer le compte rendu ?

Non, il n'y est pas tenu et ne peut pas être sanctionné pour ce motif. L'employeur doit en revanche pouvoir prouver la remise de la copie : une signature électronique ou un accusé de réception simplifie la démonstration.

Que devient le cycle en cas de changement d'employeur ?

Lors d'un transfert légal du contrat de travail, par exemple une cession ou une fusion, l'ancienneté est conservée et le nouvel employeur reprend le cycle. Dans les autres cas, sans clause conventionnelle ou contractuelle contraire, le cycle repart de zéro.

L'entretien annuel est-il obligatoire lui aussi ?

Non, la loi n'impose pas d'entretien annuel d'évaluation, contrairement à l'entretien professionnel obligatoire devenu EPP. L'entretien annuel juge le travail de l'année, l'EPP regarde le parcours et les perspectives : les différences entre entretien annuel et entretien de parcours professionnel tiennent au contenu, au rythme et au cadre légal.

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