Transparence salariale

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Transparence des salaires : du cadre légal à une politique RH impactante

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Alexandre Malarewicz

Co-fondateur

À retenir :

La directive européenne sur la transparence des salaires impose de nouvelles obligations strictes aux entreprises. Le report de son application en France offre aux professionnels des RH une occasion idéale pour restructurer en profondeur leur politique de rémunération. En menant un audit complet pour harmoniser leurs postes et en évaluant leur valeur selon des critères factuels, les organisations peuvent éliminer les inégalités salariales historiques. Cette démarche permet finalement de formaliser des parcours professionnels clairs et d'outiller les managers pour lier l'évolution des compétences à des grilles de salaire transparentes, renforçant ainsi la confiance et l'équité interne.

L'Europe impose à la France de transposer sa directive sur la transparence des salaires dans le droit français avec pour date limite le 7 juin 2026. 

À cette date, seule une proposition de loi a été faite par le gouvernement français, et le ministre du travail français indique que la loi pourrait être votée début 2027 pour une entrée en vigueur en janvier 2028. 

Si cette réforme résonne pour beaucoup comme un véritable casse-tête juridique et administratif, elle représente en réalité une opportunité inédite pour les entreprises. Plutôt que de subir cette période d'attente, les professionnels des RH ont tout intérêt à l'utiliser comme un levier stratégique pour remettre de l'ordre dans des pratiques parfois construites au fil de l'eau et redonner du sens à la gestion des carrières.

Transparence des salaires : de quoi parle-t-on ?

La transparence des salaires désigne l'ensemble des mesures obligeant les employeurs à communiquer de manière claire et ouverte sur les niveaux de paie et les critères qui les déterminent au sein de leur organisation. Concrètement, cette obligation ne se limite pas au salaire de base. Elle couvre la rémunération dans sa globalité, ce qui inclut à la fois le traitement fixe (ou ordinaire de base), mais également toutes les composantes variables ou complémentaires telles que les primes, les bonus et autres avantages associés.

Cette transparence légale poursuit un but précis : elle vise avant tout à renforcer l'application du principe de l'égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes. En mettant fin au secret salarial, l'objectif est de garantir de façon effective qu'un travail égal, ou un travail de valeur égale, donne systématiquement lieu à une rémunération égale, sans aucune discrimination.

La directive européenne sur la transparence salariale vise un objectif clair : réduire les écarts de rémunération injustifiés entre les femmes et les hommes, qui s'élevaient encore à 13 % en Europe en 2020. 

Pour y parvenir, le législateur s'attaque au secret salarial, considéré comme le complice des discriminations involontaires.

La transparence agit ainsi comme un véritable outil de diagnostic : elle permet de mettre en lumière les écarts de rémunération, d'obliger les employeurs à justifier ces différences par des critères strictement objectifs et non sexistes, et de les contraindre à corriger les inégalités par des plans d'action ou des accords collectifs.

Les obligations concrètes pour les employeurs

La transparence dès le recrutement

Dès la phase de recrutement, vous devez repenser vos pratiques pour garantir une transparence totale aux candidats. Selon les nouvelles obligations légales, il sera désormais impératif de communiquer une fourchette de rémunération initiale ou le salaire de départ envisagé pour le poste concerné. Cette information devra figurer directement dans l'offre d'emploi.

Par ailleurs, pour mettre fin aux biais salariaux hérités du passé, la loi interdit formellement de demander à un candidat son historique salarial, que ce soit sa rémunération actuelle ou celle de ses emplois précédents.

Le droit à l'information des salariés en interne

Une fois le collaborateur en poste, la réforme instaure en effet un droit à l'information inédit : chaque salarié pourra demander et obtenir par écrit des informations précises sur son niveau de rémunération individuel. 

Surtout, vous aurez l'obligation de lui fournir les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, des collègues qui accomplissent le même travail ou un "travail de valeur égale" au sien.

Le projet de loi précise qu’en cas de nombre insuffisant de salariés dans les catégories concernées, et que lorsque la communication de ces indicateurs permet d’identifier clairement un salarié et son niveau de rémunération précis, l’employeur, ne transmet ces résultats qu’au CSE uniquement.

L'entreprise devra informer tous ses collaborateurs, au moins une fois par an, de l'existence de ce nouveau droit à la transparence.

Nouvelle loi entretiens professionnels

Les indicateurs de reporting à publier

Les obligations de reporting se durcissent et s'imposeront dès 50 salariés dans le secteur privé, dans la continuité de l'actuel Index Egapro, et dès 100 agents dans le secteur public. Voici ce que vous devrez déclarer :

  • Les indicateurs généraux : L'entreprise devra publier les écarts de rémunération globaux, médians, et par quartiles, en incluant les composantes variables et complémentaires
  • L'indicateur "valeur égale" : Il faudra déclarer un indicateur spécifique mesurant l'écart de rémunération par catégorie de salariés accomplissant un travail égal ou de valeur égale

Si l'indicateur révèle un écart de salaire moyen, l'entreprise devra le justifier par des critères objectifs et non liés au sexe. La directive européenne fixe un seuil strict : tout écart supérieur à 5 % non justifié déclenchera une obligation de correction sous six mois et une évaluation conjointe. En France, le projet de loi de transposition précise que ce seuil sera officiellement fixé par décret. Cependant, le droit national ne pouvant être moins protecteur que la norme européenne, ce seuil français ne devrait en aucun cas être inférieur à 5 %

Sanctions, contrôle et charge de la preuve

La directive instaure un mécanisme de contrôle strict pour s'assurer que la transparence débouche sur de véritables corrections. Si les indicateurs révèlent un écart de rémunération (dépassant le seuil réglementaire) qui ne peut être justifié par des critères objectifs, l'employeur dispose d'un délai de six mois pour corriger la situation

Si cet écart injustifié persiste et n'est pas corrigé à l'issue de ce délai, la procédure se durcit. L'entreprise a alors l'obligation de déclencher une évaluation conjointe des rémunérations (qui prend la forme d'une négociation obligatoire ou d'un plan d'action dans le secteur privé) en étroite collaboration avec les représentants du personnel. Cette étape impose de recenser, d'analyser en profondeur les causes profondes des inégalités et de fixer des mesures de correction fermes.

Ensuite, le renversement de la charge de la preuve est l'un des changements juridiques les plus redoutables pour les entreprises : la directive met fin au parcours du combattant pour les salariés victimes de discriminations salariales. 

En cas de litige, il suffira au collaborateur de présenter des éléments de fait laissant supposer l'existence d'une inégalité (par exemple, en s'appuyant sur les moyennes de salaires obtenues grâce à son nouveau droit à l'information). Dès lors, c'est à l'employeur, et à lui seul, de démontrer devant le juge que sa décision salariale est justifiée par des éléments objectifs, factuels et non discriminants

Par ailleurs, si l'employeur n'a pas respecté ses obligations préalables de transparence, sa défense sera d'autant plus difficile à faire valoir devant les tribunaux.

Si l'Europe impose un cadre de sanctions effectives, proportionnées et dissuasives, le détail de l'arsenal répressif (montants et plafonds) dépend de la transposition nationale de chaque État membre. 

En France, le projet de loi prévoit de frapper fort : en cas de manquement aux obligations de déclaration, de consultation ou d'inaction face aux écarts de salaires, l'autorité administrative pourra infliger une pénalité financière allant jusqu'à 1% de la masse salariale globale de l'entreprise (ou de la rémunération brute annuelle pour le secteur public). 

En cas de récidive dans un délai de cinq ans, cette amende pourra être doublée pour atteindre 2% de la masse salariale

Ces pénalités étatiques viendront bien entendu se cumuler à la réparation intégrale et rétroactive que l'entreprise devra verser directement au salarié discriminé.

Pourquoi l'opacité salariale freine l'évolution de vos collaborateurs

Historiquement, de nombreuses entreprises, notamment les PME en forte croissance, ont empilé les avantages, les primes et les intitulés de postes sans véritable politique globale de rémunération. Il n'est pas rare de voir une organisation de 240 salariés cumuler plus de 130 intitulés de postes différents.

Cette absence de règles claires et de processus structurés crée inévitablement des inégalités, les décisions salariales reposant parfois davantage sur la capacité de négociation individuelle que sur des critères factuels. L'obligation légale de justifier tout écart de salaire force désormais l'entreprise à définir ce qui motive une progression salariale ou hiérarchique, liant ainsi indissociablement la politique de rémunération à la démarche GEPP (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels).

4 étapes pour bâtir une politique salariale transparente

Pour être en mesure d'afficher des fourchettes salariales et de justifier des écarts, la construction d'un socle de critères clairs est indispensable. 

Étape 1 : Poser les fondations : auditer et nettoyer l'existant

La première phase consiste à cartographier la réalité de vos pratiques salariales, qui se sont souvent complexifiées ou sédimentées avec le temps.

  • L'inventaire exhaustif : il est indispensable d'extraire de votre paie l'ensemble des données de rémunération de tous les collaborateurs et de les rassembler (fixe, variable, avantages sociaux, primes diverses)
  • La chasse à l'opacité historique : ce travail d'audit permet de mettre en lumière des primes historiques dont le mode d'attribution est devenu flou. Il faut se poser la question pour chaque élément de rémunération : pourquoi cette prime existe-t-elle ? Est-elle liée à un usage, un accord, ou une décision unilatérale ? Est-elle toujours justifiée et comprise par les salariés ou les gestionnaires de paie ?
  • Le grand nettoyage : en listant tous les intitulés de postes, vous identifierez les doublons et les incohérences à supprimer pour préparer un terrain sain.

Étape 2 : Simplifier et clarifier via des "emplois repères" 

L'absence de processus clairs conduit souvent à l'hyper-personnalisation des postes. Il faut mettre fin à la multiplication des fiches individuelles pour recréer une structure lisible

L'objectif est de regrouper les collaborateurs sous des "emplois repères" standards (par exemple, "Agent logistique réception" plutôt qu'une multitude d'intitulés personnalisés). Si l'emploi repère fixe le cadre et la grille de classification, la fiche de poste associée peut tout à fait mentionner une spécificité ou une expertise particulière

Cela permet de garder une architecture RH gérable tout en maintenant la reconnaissance dont les salariés ont besoin à travers leur intitulé

Étape 3 : Peser les postes sur des critères objectifs 

Pour garantir "un salaire égal pour un travail de valeur égale", il faut évaluer le poids et la valeur de chaque emploi repère de manière 100 % factuelle, loin de toute subjectivité ou biais sexiste

La directive européenne impose d'évaluer les postes selon 4 critères stricts : 

  • les connaissances professionnelles consacrées par un titre, un diplôme ou une pratique professionnelle, les capacités découlant de l'expérience acquise (induisant donc l’ancienneté) et les compétences non techniques, 
  • les responsabilités assumées
  • les conditions de travail (travail de nuit par exemple)
  • et la charge physique ou nerveuse. 

Ensuite, l’implication des managers permet d’apporter de la finesse à l’analyse et à la pesée pour challenger la réalité du terrain

Par exemple, si un salarié envoie des devis à fort enjeu financier, sa "responsabilité" n'est pas la même s'il a le pouvoir de décision final ou si un supérieur vérifie systématiquement son travail derrière

Une fois la pesée de postes réalisée (potentiellement avec l'aide de l'intelligence artificielle pour rédiger et calibrer les attendus des fiches de postes), le diagnostic devient limpide. Vous pouvez comparer des postes de valeur équivalente et identifier immédiatement les écarts. Vous déterminez ainsi si des ajustements de coefficients ou de salaires sont nécessaires.

Étape 4 : Structurer les parcours et passer à l'action 

L'ultime étape consiste à transformer cet audit en une véritable politique salariale et de gestion des compétences, qui profitera à l'ensemble de l'organisation.

  • De l'audit aux règles claires : l'entreprise doit construire une grille de salaire, des cycles d'augmentation et des règles d'évolution transparentes. Les collaborateurs et les candidats sauront précisément pourquoi une augmentation est accordée et ce qu'ils doivent accomplir pour évoluer
  • Cartographie et passerelles métiers : en croisant les emplois repères et les compétences nécessaires pour les tenir, vous constituez une véritable "banque de postes". Cela rend les passerelles métiers visibles et compréhensibles
  • Un levier pour le dialogue social et managérial : cette clarté dépasse largement la simple mise en conformité légale. Elle outille les managers pour qu'ils puissent factualiser leurs demandes d'augmentation et de revalorisation salariale, et mener des entretiens professionnels basés sur l'évaluation concrète des compétences, renforçant ainsi la confiance et l'équité perçue par les équipes

Outiller sa démarche RH pour pérenniser la stratégie

Structurer des parcours professionnels, réaliser des matrices de compétences et piloter une politique de transparence salariale est impossible à maintenir sur des fichiers Excel silotés.

Pour lier la GEPP à la politique de rémunération, les entreprises doivent s'équiper de solutions RH agiles et sécurisées. Cela est d'autant plus vrai que les managers devront régulièrement évaluer l'évolution de ces compétences lors des entretiens. À ce titre, la réforme transformant l'entretien professionnel en Entretien de Parcours Professionnel (EPP) renforce cette nécessité de tracer, d'évaluer et de documenter les parcours de manière continue, sous peine de sanctions financières (abondement CPF).

Empowill, avec son logiciel de gestion des compétences, permet d'outiller et de pérenniser votre stratégie de transparence salariale en offrant une plateforme centralisée pour structurer, évaluer et documenter objectivement l'ensemble de vos parcours professionnels sans efforts au fil de vos campagnes d'entretiens.

Concrètement, l'outil facilite la création de référentiels de compétences clairs et rend les passerelles métiers tangibles en mettant en évidence le niveau de compétences attendu pour chaque poste. Ses fonctionnalités permettent d'analyser factuellement les écarts de compétences à combler.

En s'appuyant sur des données tangibles et centralisées (telles que les historiques d'évaluations, les formations suivies ou les compétences validées), les RH et les managers disposent des preuves nécessaires pour poser un diagnostic fiable et justifier chaque décision salariale ou évolution hiérarchique sur la base de critères 100 % objectifs

Optimiser la gestion des compétences avec EMPOWILL

L’essentiel à retenir

  • La directive européenne sur la transparence salariale vise à garantir le principe d'égalité salariale entre les femmes et les hommes pour un travail de valeur égale.
  • Échéance : Bien que la date limite de transposition de la directive européenne soit fixée au 7 juin 2026, la France envisage un vote de la loi de transposition début 2027 pour une entrée en vigueur effective en janvier 2028.
  • Périmètre : Les nouvelles obligations s'appliquent dès la phase de recrutement (affichage d'une fourchette salariale, interdiction de demander l'historique de rémunération) et se poursuivent en interne (droit à l'information des salariés sur les moyennes salariales). Le reporting obligatoire concernera les entreprises dès 50 salariés dans le privé (continuité de l'Index Egapro) avec un seuil de tolérance des écarts non justifiés de 5% ou plus (seuil fixé par décret dans le droit français) sous peine de sanctions financières (jusqu'à 2% de la masse salariale).
  • Méthode : Pour se mettre en conformité et transformer cette contrainte en levier RH, auditez et harmonisez vos postes, simplifiez en regroupant par emplois repères, avant de procéder à la pesée des postes et à la restructuration de vos grilles de salaires.
  • Rôle de l'outil (Empowill) : Remplaçant les fichiers Excel silotés, la plateforme centralise, structure et sécurise la démarche. Elle permet entre autres de créer les référentiels de compétences et de rendre les passerelles métiers visibles. L'outil fournit ainsi aux RH et aux managers les données factuelles nécessaires pour justifier objectivement chaque décision salariale et évolution de carrière.

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