
Noémie Forcella
Experte Contenu
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Rejoindre le QG RHLa directive européenne transparence salariale marque un tournant dans la réglementation du marché du travail en Europe. Adoptée en mai 2023, elle vise à rendre les pratiques de rémunération plus transparentes et à combattre les inégalités salariales persistantes entre femmes et hommes au sein de l'UE. Pour les entreprises françaises, la question n'est plus de savoir si ces règles s'appliqueront, mais comment s'y préparer.
Ce guide fait le point sur les dispositions clés de la directive, le calendrier de transposition en France et les actions concrètes à mettre en place dès maintenant.
La directive UE 2023/970, adoptée le 10 mai 2023 par le Parlement européen et le Conseil, établit un cadre contraignant en matière de transparence des rémunérations. Son objectif : garantir l'égalité des rémunérations entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur, un principe inscrit dans le droit européen depuis 1957 mais encore insuffisamment appliqué.
Le constat est sans appel : en 2023, l'écart de rémunération entre les femmes et les hommes s'établissait encore à 12,7 % en moyenne dans l'Union européenne. En France, cet écart oscille autour de 15 % en équivalent temps plein. Malgré les dispositifs existants, comme l'Index égalité professionnelle mis en place en 2019, les inégalités persistent.
Le rapport d'information de l'Assemblée nationale publié en janvier 2026 est clair à la lecture de ses conclusions : les outils actuels n'ont pas suffi à résorber ces écarts. Les critères de l'Index se sont révélés trop étroits, les sanctions rarement appliquées, et le concept de "travail de même valeur" n'était pas pris en compte. Dans ce contexte, l'Union européenne a décidé de passer d'une logique incitative à une logique contraignante, en imposant des obligations de transparence à tous les États membres.
La directive s'applique à l'ensemble des employeurs de l'UE, quel que soit leur secteur d'activité. Toutes les entreprises, y compris les PME, sont concernées par les obligations de transparence à l'embauche et le droit d'information des salariés.
En revanche, les obligations de reporting varient selon la taille de l'entreprise :
Les enjeux sont considérables pour les PME françaises, qui devront adapter leurs pratiques sans toujours disposer des ressources internes nécessaires.
Les nouvelles règles s'articulent autour de trois piliers. Chacun modifie en profondeur les pratiques de gestion des ressources humaines.
C'est l'une des mesures les plus visibles de la directive. Avant même l'embauche, l'employeur devra communiquer au candidat la fourchette de rémunération prévue pour le poste, soit dans l'offre d'emploi, soit avant le premier entretien.
Autre changement majeur : l'interdiction de demander au candidat son historique salarial. Cette disposition vise à rompre le cercle des inégalités, où un salaire initial bas se répercute de poste en poste tout au long de la carrière.
Pour les équipes RH, cela implique de revoir les processus de recrutement et de formaliser des fourchettes de rémunération pour chaque poste. Les offres d'emploi devront intégrer ces informations de manière systématique.
La directive crée un véritable droit d'accès à l'information salariale pour chaque salarié. Concrètement, tout collaborateur pourra demander à son employeur la rémunération moyenne des collègues effectuant un même travail ou un travail de même valeur, ventilée par sexe.
L’avis d’expert Empowill : Contrairement aux “fake news” véhiculées les medias, il ne sera pas possible de connaître le salaire exact de ses collègues. Nous vous encourageons à communiquer auprès de vos collaborateurs sur le contenu de la directive, même si celle là n’est pas encore transposée dans le droit français. Cette pédagogie ne pourra être que bénéfique dans votre démarche de transparence des salaires et entretiendra un climat social sain.
L'employeur devra répondre dans un délai raisonnable et fournir des éléments de justification objectifs si un écart de salaire est détecté. Ce droit change la donne dans le dialogue entre le salarié et l'entreprise, comme l'illustre la question de savoir s'il faut parler du salaire en entretien annuel. Une bonne pratique consiste à organiser un entretien dédié à la rémunération, distinct de l'entretien annuel d'évaluation et de l'entretien de parcours professionnel. Cette distinction permet de concentrer ces derniers sur l'évaluation des compétences et le projet professionnel du collaborateur, sans que les questions de salaire ne viennent brouiller les échanges sur la performance ou le développement.
Au-delà de la transparence individuelle, la directive impose un reporting structuré sur les écarts de rémunération entre femmes et hommes. Ce rapport devra couvrir plusieurs indicateurs : l'écart de rémunération global, l'écart par catégorie de travailleurs, la proportion de femmes et d'hommes par quartile de rémunération.
Si l'écart de rémunération dépasse 5 % dans une catégorie donnée et que l'employeur ne peut le justifier par des critères objectifs, une évaluation conjointe avec les représentants du personnel devra être menée. Un plan de correction devra alors être mis en place.
La mise en œuvre de la directive en droit français suit un calendrier serré, mais incertain.
La directive doit être transposée par chaque État membre avant le 7 juin 2026. En France, le processus a démarré avec les premières concertations entre le ministère du travail et les partenaires sociaux en mai 2025, sous l'impulsion du ministre du travail Jean-Pierre Farandou.
Le 6 mars 2026, le ministère du travail a transmis aux syndicats et aux partenaires sociaux une première version du projet de loi. Toutefois, le texte n'est pas encore déposé au Parlement et le ministre a reconnu que la date du 7 juin 2026 ne serait "probablement pas respectée", conséquences notamment d’un “bouchon législatif” lié aux récentes élections municipales. La concertation se poursuit, avec un vote du texte attendu après l'été 2026, probablement en septembre. L'application effective des nouvelles règles n'interviendrait pas avant janvier 2027, alors même que l'Europe se montre inflexible sur la date du 7 juin.
Pour les entreprises, cette incertitude ne doit pas servir de prétexte à l'inaction. Les dispositions de la directive sont connues et les grandes lignes du projet de loi français sont déjà posées.
Le projet de loi prévoit une refonte complète de l'Index égalité professionnelle, aujourd'hui connu sous le nom d'Index Egapro. Le dispositif actuel, souvent critiqué pour ses limites méthodologiques, sera remplacé par un outil plus exigeant, aligné sur les exigences de la directive européenne sur la transparence.
Parmi les évolutions attendues : de nouveaux indicateurs plus fins, une méthodologie revue pour mieux capter les écarts réels et la prise en compte du concept de "travail de même valeur". Cette notion, au cœur de la directive, impose de comparer les rémunérations non seulement entre postes identiques, mais aussi entre postes de valeur équivalente selon des critères objectifs (compétences, responsabilités, conditions de travail).
La directive renforce considérablement les moyens de recours pour les salariés victimes de discrimination salariale. Le point le plus marquant en matière de droit social est le renversement de la charge de la preuve : en cas de litige, c'est à l'employeur de démontrer qu'il n'y a pas eu de discrimination en matière de rémunération, et non au salarié de prouver l'existence d'un écart injustifié.
Les États membres doivent définir des sanctions "efficaces, proportionnées et dissuasives". En France, le projet de loi maintient la possibilité d'une pénalité pouvant aller jusqu'à 1 % de la masse salariale. Des amendes forfaitaires sont également envisagées.
Le salarié pourra aussi obtenir des dommages et intérêts couvrant l'intégralité du préjudice subi, y compris les arriérés de salaires et les cotisations liées à la pension de retraite. La directive impose que la réparation couvre toute la période durant laquelle la discrimination a eu lieu. Concrètement, si un collaborateur subit une discrimination salariale depuis six ans, l'écart de rémunération devra être réparé sur l'intégralité de cette période. Le droit français devra intégrer ces nouvelles dispositions, ce qui représente un changement de taille pour les employeurs.
Dans le climat actuel de réforme, il est préférable d'anticiper plutôt que de subir. Sans attendre la fin du processus législatif, plusieurs actions concrètes permettent de préparer la mise en place des nouvelles obligations de transparence.
La première étape consiste à dresser un état des lieux. Cartographiez les rémunérations par poste, par niveau hiérarchique et par sexe. Identifiez les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, repérez les anomalies et documentez les justifications existantes.
Cette analyse constitue le socle de toute démarche de mise en conformité. Un outil de revue du personnel permet de centraliser ces données et de croiser les informations de rémunération avec les évaluations de compétences.
La directive impose que les critères de rémunération soient transparents, objectifs et non discriminatoires. Cela passe par la construction ou la mise à jour de grilles salariales structurées, associant chaque poste à un niveau de rémunération défini selon des critères objectifs : compétences, ancienneté, niveau de responsabilité.
Un référentiel de compétences à jour, adossé à un outil de gestion des compétences, facilite ce travail de classification et garantit la cohérence des décisions salariales.
Les nouvelles règles de transparence à l'embauche exigent de revoir vos processus. Intégrez les fourchettes salariales dans vos offres d'emploi, formez vos recruteurs aux nouvelles obligations et supprimez toute question relative à l'historique de rémunération des candidats.
Ces ajustements doivent être formalisés dans vos procédures internes pour garantir une application homogène, quel que soit le site ou le service concerné.
La capacité à produire des reportings fiables sur les écarts de rémunération repose sur la qualité des données. Un système d'information RH centralisé permet de structurer les données de rémunération, d'automatiser le reporting et de documenter chaque décision salariale.
La gestion du plan de formation et le suivi des compétences s'intègrent dans cette logique : plus vos données RH sont fiables et centralisées, plus vous serez en mesure de répondre aux obligations de la directive et de justifier vos pratiques en matière de rémunération.

Au-delà de la contrainte réglementaire, la transparence salariale représente une opportunité pour les entreprises qui savent s'en saisir. Les organisations qui pratiquent la transparence des rémunérations constatent un impact positif sur la confiance des salariés, l'engagement et la fidélisation des collaborateurs.
Une politique de revalorisation salariale structurée et transparente renforce l'équité perçue et réduit les tensions liées aux questions de rémunération. Les campagnes d'entretiens deviennent plus fluides lorsque les règles du jeu sont claires pour tous.
Dans un marché du travail où l'attractivité est un enjeu majeur, la transparence salariale devient un argument de marque employeur. Les candidats, en particulier les nouvelles générations, attendent des informations claires sur la rémunération dès le processus de recrutement. Les entreprises qui anticipent la directive envoient un signal fort sur leur engagement en faveur de l'égalité et de l'équité salariale.
La directive européenne sur la transparence salariale n'est pas une simple contrainte administrative. C'est une invitation à structurer vos pratiques RH, à fiabiliser vos données et à faire de la rémunération un sujet de dialogue transparent avec vos salariés. Les entreprises qui s'y préparent dès maintenant auront une longueur d'avance.