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CSSCT : guide complet pour mettre en place la Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail

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Noémie Forcella

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A retenir:

La CSSCT (Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail) est une émanation du CSE (Comité Social et Économique) en charge des questions de santé au travail, de sécurité et de conditions de travail. Elle est obligatoire dans les entreprises de plus de 300 salariés, dans les sites Seveso seuil haut et dans les installations nucléaires de base. Sa création est ancrée dans les ordonnances Macron de 2017. Les RH ont intérêt à y voir un relais opérationnel pour piloter la prévention des risques, pas une formalité réglementaire.

Qu'est-ce que la CSSCT ?

Définition et origine

La CSSCT, ou Commission Santé, Sécurité et Conditions de Travail, est une commission émanant du CSE. Elle traite des sujets de santé, de sécurité et de conditions de travail au sein de l'entreprise, par délégation du CSE. La CSSCT n'est pas une instance autonome : elle n'a pas la personnalité juridique et ne peut pas se substituer au CSE sur les décisions formelles (consultations, avis, droit d'alerte).

L'origine de la CSSCT remonte aux ordonnances Macron du 22 septembre 2017, qui ont fusionné les anciennes instances représentatives du personnel (délégués du personnel, comité d'entreprise, CHSCT) en une instance unique : le CSE. Le CHSCT, jusque-là entièrement dédié à la santé et à la sécurité, a disparu en tant qu'instance autonome. Pour ne pas perdre le travail spécifique sur ces sujets, le législateur a prévu la création d'une commission spécialisée au sein du CSE : la CSSCT.

CSSCT et CHSCT, ce qui a changé

L'ancien CHSCT était une instance indépendante, avec des élus distincts du comité d'entreprise. La CSSCT, elle, est composée de membres du CSE déjà élus. Concrètement, c'est un sous-groupe du CSE qui se réunit spécifiquement sur les sujets SSCT, mais qui ne prend pas de décision finale.

Trois écarts marquants avec l'ancien CHSCT :

  • La CSSCT n'a pas de personnalité juridique propre. Elle ne peut pas ester en justice, le CSE le fait.
  • Elle n'a pas de budget propre. Les moyens (heures de délégation, expertise) sont fournis par le CSE.
  • Le seuil d'obligation est passé de 50 à 300 salariés pour la création d'une commission spécialisée.

Beaucoup d'entreprises de moins de 300 salariés, qui avaient un CHSCT actif sous l'ancien régime, traitent désormais les sujets SSCT directement au CSE, sans commission dédiée. Pour les RH, c'est un point de vigilance : la commission a disparu, mais les obligations de prévention sont restées intactes.

Quelles entreprises doivent mettre en place une CSSCT ?

Le seuil des 300 salariés

L'article L. 2315-36 du Code du travail rend la CSSCT obligatoire dans toutes les entreprises ou établissements distincts d'au moins 300 salariés. L'effectif s'apprécie sur les 12 derniers mois en moyenne.

Au-delà du seuil, la mise en place ne se décrète pas, elle s'organise par accord d'entreprise. Cet accord précise :

  • Le nombre de membres de la CSSCT (au moins 3, dont au minimum 1 représentant du second collège pour les entreprises avec collège cadre).
  • Les missions déléguées par le CSE.
  • Les modalités de fonctionnement (fréquence des réunions, ordre du jour, comptes rendus).
  • Les moyens alloués (heures de délégation spécifiques, formation).

À défaut d'accord, c'est le règlement intérieur du CSE qui fixe ces points.

Les autres cas de mise en place obligatoire

La CSSCT est aussi obligatoire dans deux situations qui ne dépendent pas du seuil de 300 salariés :

  • Les établissements classés Seveso seuil haut pour la protection de l'environnement, quels que soient leurs effectifs. Cela touche en pratique des sites industriels avec stockage de produits dangereux : chimie, pétrochimie, raffinage, certains entrepôts logistiques.
  • Les installations nucléaires de base, idem sans seuil d'effectif.

Pour ces sites, l'enjeu de prévention est jugé tellement spécifique qu'une commission dédiée s'impose même dans des structures qui auraient autrement traité les sujets SSCT directement en CSE.

Mise en place volontaire dans les entreprises de moins de 300 salariés

En dessous de 300 salariés, la CSSCT n'est pas obligatoire, mais l'inspecteur du travail peut l'imposer si la nature des activités, l'agencement des locaux ou l'équipement le justifient. Une menuiserie de 80 salariés qui manipule des produits chimiques peut donc se voir imposer une CSSCT.

En dehors de cette imposition, rien n'empêche un employeur et le CSE de s'accorder pour créer une CSSCT volontaire. C'est fréquent dans le BTP, la logistique ou l'industrie agroalimentaire, où les sujets SSCT pèsent lourd dans la réalité quotidienne.

Composition de la CSSCT

Le président (employeur ou représentant)

La CSSCT est présidée par l'employeur ou son représentant. Le président fixe l'ordre du jour conjointement avec le secrétaire de la commission, lance les réunions et signe les procès-verbaux. Il peut se faire assister par 3 collaborateurs de l'entreprise (responsable HSE, médecin du travail interne, responsable de site, par exemple), avec voix consultative.

Les représentants du personnel

Les membres salariés de la CSSCT sont désignés parmi les élus titulaires ou suppléants du CSE. Le minimum légal est de 3 membres, dont au moins 1 du second collège (cadres) dans les entreprises où un collège spécifique existe. L'accord d'entreprise peut prévoir un nombre plus élevé, ce qui est souvent le cas dans les grandes entreprises et les groupes industriels.

La désignation se fait par résolution du CSE, à la majorité des membres présents. Les membres siègent pour la durée du mandat du CSE, soit en général 4 ans.

Les membres invités avec voix consultative

Quatre acteurs externes assistent aux réunions de la CSSCT avec voix consultative :

  • Le médecin du travail.
  • L'inspecteur du travail.
  • L'agent de service de prévention des organismes de Sécurité sociale (CARSAT).
  • Le responsable interne du service de sécurité et des conditions de travail (souvent le HSE).

Ils ne votent pas, mais ils apportent l'expertise technique et réglementaire indispensable au travail de la commission. Leur convocation systématique est une obligation légale, pas une option.

Quelles sont les missions de la CSSCT ?

Analyse des risques professionnels

C'est le cœur du travail de la CSSCT. La commission analyse les risques professionnels auxquels sont exposés les salariés, met à jour le DUERP en lien avec l'employeur et propose des actions de prévention. Cette analyse couvre les risques physiques (chutes, manutention, bruit), chimiques, biologiques, et les risques psychosociaux (RPS).

Le DUERP est le document de référence : tous les risques identifiés par la CSSCT doivent y figurer, avec leur niveau d'exposition et les mesures de prévention associées. Pour un site industriel ou un chantier, c'est aussi le support qui pilote la programmation des formations obligatoires sectorielles (CACES, habilitations électriques, SST).

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Inspections et enquêtes

La CSSCT réalise des inspections régulières des locaux de travail. Au moins 4 par an pour le CSE, 1 par trimestre étant un rythme très répandu dans l'industrie et le BTP. Les inspections donnent lieu à un compte rendu, validé en réunion de commission et transmis au CSE.

La commission mène aussi des enquêtes après :

  • Un accident du travail grave ou mortel.
  • Une maladie professionnelle déclarée.
  • Un incident à caractère répété sur un même poste.

Les enquêtes aboutissent à un rapport qui identifie les causes (techniques, organisationnelles, humaines) et formule des recommandations. C'est un levier majeur pour faire évoluer les pratiques après un événement marquant.

Actions de prévention

La CSSCT propose au CSE et à l'employeur des actions concrètes : aménagement de poste, achat d'EPI, modification d'un processus de production, mise en place d'une formation. Elle peut aussi alerter sur les risques psychosociaux après un signal répété (taux d'absentéisme anormal, tensions répétées dans une équipe, alertes individuelles).

Sur la prévention des RPS, la CSSCT n'a pas vocation à remplacer le travail RH ou le service de santé au travail, mais elle constitue un capteur terrain précieux que les DRH ont intérêt à alimenter et à écouter.

Ce que la CSSCT ne peut pas faire

La CSSCT n'a pas le pouvoir de décision. Elle ne peut pas :

  • Émettre un avis officiel à la place du CSE (consultations annuelles, projets d'aménagement, droit d'alerte).
  • Décider seule du recours à un expert. La décision appartient au CSE.
  • Ester en justice. C'est le CSE, comme personne morale, qui agit.

Cette limite est utile à connaître : la CSSCT prépare, instruit, propose, mais c'est le CSE qui vote et engage.

Les moyens d'action de la CSSCT

Heures de délégation

Les membres de la CSSCT n'ont pas systématiquement des heures de délégation propres. Le principe est qu'ils utilisent les heures attribuées au titre de leur mandat de membre du CSE. L'accord d'entreprise peut prévoir des heures supplémentaires spécifiques pour les sujets SSCT, et c'est une pratique courante dans les entreprises industrielles où la charge de travail de la commission est dense.

À noter : le temps passé en réunion de CSSCT n'est pas décompté des heures de délégation. Il s'ajoute, et il est payé comme du temps de travail effectif.

Accès aux informations et documents

Les membres de la CSSCT ont accès à :

  • Le DUERP à jour.
  • Le bilan annuel SSCT.
  • Le programme annuel de prévention.
  • Les comptes rendus d'inspections de l'inspection du travail et de la CARSAT.
  • Les déclarations d'accidents du travail et de maladies professionnelles.

L'employeur est tenu de transmettre ces documents au moins 15 jours avant la réunion où ils sont discutés. Pour les RH, l'enjeu est de structurer un flux d'information régulier et tracé.

Recours aux expertises

La CSSCT ne décide pas seule du recours à un expert, mais elle peut le proposer au CSE. Trois types d'expertises sont prévus par le Code du travail :

  • Expertise en cas de risque grave (article L. 2315-94).
  • Expertise en cas de projet important modifiant les conditions de travail.
  • Expertise en cas de consultation sur la politique sociale annuelle.

Le financement est généralement assuré par l'employeur, sauf cas particuliers. Le recours à une expertise est un signal fort : il intervient quand le dialogue interne ne suffit plus pour traiter un risque ou un projet.

Comment former les membres de la CSSCT ?

La formation SSCT obligatoire

Tous les membres de la CSSCT, désignés ou non, bénéficient d'une formation spécifique en santé, sécurité et conditions de travail. La formation est obligatoire et intégralement financée par l'employeur. Elle conditionne la capacité des élus à comprendre les enjeux techniques et réglementaires, donc l'efficacité de la commission.

La formation porte sur :

  • L'identification et l'analyse des risques professionnels.
  • Les méthodes et techniques d'inspection.
  • L'enquête après accident du travail ou maladie professionnelle.
  • Le cadre légal et réglementaire.

Elle est dispensée par un organisme habilité, figurant sur une liste publiée par la DREETS de région.

Durée et financement

La durée de la formation est de :

  • 5 jours minimum pour les nouveaux élus à leur premier mandat.
  • 3 jours minimum pour les élus déjà en mandat lors d'un renouvellement.

Pour les représentants de proximité désignés au sein des établissements distincts, la durée minimum est de 3 jours.

L'employeur prend en charge l'intégralité des coûts : frais pédagogiques, frais de déplacement, frais d'hébergement, et le temps de formation est payé comme du temps de travail.

Renouvellement de la formation

À chaque renouvellement de mandat, les élus repassent par une formation de 3 jours, même s'ils l'ont déjà suivie. L'objectif est de remettre à niveau les connaissances réglementaires, qui évoluent vite (ajustements récents sur le DUERP, sur la prévention de la désinsertion professionnelle).

Pour les RH, cette obligation s'inscrit dans le paysage plus large des formations obligatoires en entreprise : SST, habilitations électriques, CACES, formation SSCT, recyclages périodiques. Sur un site industriel ou un chantier BTP, ce paysage est dense, et le suivi devient vite ingérable sans outillage.

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Piloter la CSSCT côté RH : les bonnes pratiques

Articuler CSSCT et formations obligatoires sectorielles

Les sujets traités par la CSSCT recoupent largement le périmètre des formations obligatoires sectorielles. Quand la commission analyse les risques d'une zone de stockage, elle relève souvent un besoin de CACES R489 (chariots élévateurs) ou de formation manutention. Quand elle enquête après un accident sur un chantier, c'est fréquemment l'absence ou la péremption d'une habilitation qui ressort comme cause.

Le pilotage RH a donc tout intérêt à connecter explicitement les conclusions de la CSSCT avec le plan de formation. Sans ce lien, on documente bien les risques au DUERP mais on ne corrige pas leurs causes. Avec ce lien, le travail de la commission devient un apport direct pour la programmation de la formation.

Centraliser le suivi des habilitations et des risques

Sur les secteurs terrain (BTP, industrie, logistique, santé), chaque salarié cumule plusieurs habilitations à renouveler à des fréquences différentes. La CSSCT a besoin d'une vue globale et à jour pour faire son travail : qui détient quoi, qu'est-ce qui expire bientôt, où sont les angles morts.

C'est exactement le travail de fond de gestion des habilitations qui doit être assuré côté RH. Centraliser dans un même outil le DUERP, les habilitations, les formations obligatoires et les enquêtes après accident donne à la commission une base de travail solide, et évite de redécouvrir à chaque réunion des informations qui auraient dû remonter naturellement.

Outiller le travail de la commission

Empowill est un logiciel RH qui propose un module de gestion de la formation et des habilitations qui adresse précisément ce besoin : centraliser les habilitations, structurer le plan de formation autour des obligations réglementaires, piloter les renouvellements. Pour une CSSCT, c'est l'outil côté RH qui prépare le terrain et qui rend les réunions productives au lieu d'être des sessions de rattrapage documentaire.

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La valeur ajoutée se mesure sur deux points concrets : un état des lieux fiable des habilitations et des formations en cours peut être facilement rendu et communiqué à la commission en réunion, et les décisions prises (programmation d'une formation, renouvellement d'une habilitation) peuvent être tracées et planifiées dans la foulée. C'est ce qui permet de piloter le plan de formation en partant des risques réels du terrain, plutôt que d'un catalogue générique.

La CSSCT n'est pas une formalité à cocher chaque trimestre. C'est un dispositif qui fait baisser le nombre d'accidents et solidifie le dialogue social. Sur un site industriel de 500 salariés, 4 réunions par an, 1 inspection trimestrielle et 1 enquête tous les 18 mois en moyenne : c'est un cycle qui demande du temps RH, mais qui est essentiel.

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